Jour 17, Moncton (N-B), quelque 1038 km.
Depuis notre dernier message, nous avons fait le tour de la péninsule acadienne et nous sommes présentement à Moncton après plusieurs péripéties (nous sommes fidèles à nous-mêmes!). Chaque jour amène son lot de surprises, et nous allons les partager avec vous.
Jour 13, en route vers Caraquet, la capitale de l’Acadie (68 km).
Après avoir dit nos adieux à Judith (qui étaient accompagnés de crêpes avec rien de moins que du sirop d’érable!), nous avons pris la 134 en direction de Caraquet. La mer de la péninsule acadienne est magnifique. Les caps s’ajoutent aux paysages, où les vagues viennent se fracasser. L’odeur de la mer balaie la route…
C’est bien beau tout ça, mais nous, on a rien vu! Malheureusement pour nous cette journée-là, il faisait froid et c’était tellement brumeux que l’on ne voyait pas plus loin qu’à 200m en avant de nous (je l’ai calculé). En effet, nous ne pouvions même pas voir le clocher de l’église de Grande-Anse. Nous nous promenions avec nos p’tites lumières qui flashent (Andrée avait l’air d’un sapin de Noël de derrière, et de Rambo de devant). Nous avions tous les vêtements que nous possédons sur le corps. Nos gants n’étant pas assez chaud, nous avons même dû mettre nos bas dans nos mains!! (voir photos) Pour dîner, il n’y avait pas de village. Alors, nous nous sommes réfugiées en arrière d’un buisson, grelottantes et entassées comme des petits oiseaux pour se réchauffer en mangeant nos tartines. Ça paraît bizarre, mais on a beaucoup de plaisir.
Nous allions à Caraquet pour rencontrer l’ami de l’acupuncteur-clown de Campbellton, Éloi (qui est d’ailleurs venu à notre rencontre pendant la journée pour nous encourager… et nous offrir du chocolat noir et une banane!!). Il est professeur d’éducation physique; il a donc beaucoup aimé notre projet. Il nous a même raconté quelques-uns de ses voyages de vélo. En jasant, Andrée faisait part du traitement d’acupuncture qu’elle avait reçu de Steve et du fait qu’elle aimerait bien aller revoir un acupuncteur à Moncton. En moins de deux, Éloi appelle Steve, qui était chez sa copine, qui vit près de Moncton, et fixe un rendez-vous pour le dimanche suivant. Nous avions donc deux jours et demi pour nous rendre jusque chez elle. Bref, nous avons passé une très belle soirée en mangeant des pattes de crabes (Éloi a bien rit de notre inexpérience en la matière, et de la maladresse d’Andrée, qui s’est coupée le pouce) et des toasts au sirop d’érable.
Jour 14, Caraquet - Oak point (100km):
Quoi de mieux que de commencer la journée avec une chocolaterie! Nous n’avons pas été capable de résister à celle de Caraquet, même à 9:30 du matin. Ce jour-là, nous avons mangé une quantité probablement illégale de chocolat: deux tablettes Lindt (qu’Éloi avait cachées dans nos sacs), ainsi qu’un sac complet de truffes, d’écorces aux amandes et de médaillons achetés (et donnés!) à Caraquet. Nous en avons bien eu besoin: cette longue journée, commencée dans la brume et terminée sous la pluie, aurait pu être décourageante à plus d’un égard. Mais il en faudra davantage pour nous démotiver: ce soir-là, nous avons dormi dans un camping (dans la plus grosse tempête qu’ils ont connue depuis longtemps!), j’ai cuisiné un excellent macaroni bien à l’abri dans une cabane (où le propriétaire voulait même nous installer un lecteur DVD!) et mangé du chocolat (évidemment). On n’arrête plus d’être contentes. Et en prime, tous nos genoux ont survécu!
Jour 15, Oak Point - Richibucto (93km)
Après avoir traversé le plus terrible pont de l’histoire du cyclisme (un long pont en arche qui monte comme dans la face d’un singe, balayé par un vent de travers sans merci - j’étais très fière de m’en être tirée sans crise d’hystérie), nous nous sommes arrêtées pour collationner à Miramichi. Alors que nous étions assises près de la porte d’entrée en mangeant croustilles de riz sel et vinaigre et avocat (très bon en passant), William est venu nous faire la jasette, tirant son fils sur son petit tracteur. Après nous avoir félicitées d’entreprendre un tel voyage, il a très bien exprimé l’esprit des Maritimes:
“You’ll find out that people in Canada are friendly, but one thing you’ll only find in the Maritimes, is that we are very friendly. I guess it’s because there is so few of us, we’re so lonely down here, that when we find someone new, we are so happy to have someone to talk to. So we talk.” («Vous découvrirez que les Canadiens sont amicaux, spécialement ldans les Maritimes. Je suppose que c’est parce que nous sommes tellement peu ici, et un peu à part, que lorsque nous trouvons quelqu’un de nouveau, nous sommes si heureux de parler. Alors, nous parlons.»
Puis, en guise de souvenir, il nous a donné un dollar en papier. Juste pour faire plaisir.
Et nous en rencontrons à coeur de jour, des gens qui prennent soin de nous et veulent nous faire plaisir.
Jour 16, Richibucto - Notre-Dame (50km):
Nous avions rendez-vous avec notre acupuncteur et clown thérapeutique à Notre-Dame. En arrivant au village, à la sortie de l’autoroute (car, oui, on peut rouler sur les autoroutes partout au Canada, sauf au Québec), Andrée voulait que je prenne une photo d’elle prenant son manteau de pluie avec comme arrière scène les nuages de pluie qui s’en venaient sur nous et la pancarte ARRÊT-STOP. Une photo trois en un, quoi. Deux minutes après que nous ayons repris la route, Andrée fait une crevaison. Nous nous arrêtons pour la réparation (qui prend un peu de temps - elle n’est pas très habituée!). Puis, il commence à pleuvoir. Par chance que la pluie n’était pas trop froide… Je me dis donc que ça ne pourrait pas être pire, mais que c’est tout de même pas si pire… Dans le fond, c’est juste de l’eau! Et c’est à ce moment qu’il commença à tonner et à tomber des clous… Finalement, le voisin est venu nous voir et nous offrir son aide (et son compresseur!). Vraiment, les gens de l’Acadie sont trop gentils!
Quelques minutes plus tard nous étions chez Vicky (l’amie de Steve) et nous nous sommes fait traitées. Vicky est une ex-joueuse de balle-molle. Elle a même participé aux Jeux Olympiques de 2000 à Sydney! Elle nous a fait visiter sa terre: cabane à sucre de ses parents, chalets, ruisseaux, étangs et rencontre avec Mak le cheval. Ensuite, nous sommes allés à Moncton pour manger. Éloi et son fils de 4 ans, Nicolas-Charles, nous ont rejoint au restaurant,un buffet à volonté. C’était donc la joie - spécialement pour moi et Vicky. Pour moi parce que j’ai toujours faim, et pour Vicky parce qu’elle est enceinte de 5 mois. On a bien hâte de voir des photos du bébé. Belles discutions et rires ont occupé notre soirée.
Question de bien finir la soirée, nous nous sommes arrêtés dans une écurie où Vicky montait des chevaux quelques années passées. À mon grand plaisir et surtout à ma grande surprise, le propiétaire m’a offert de monter un de ses chevaux! Pour la centième fois, j’en suis venue à la conclusion que je veux un ranch plus tard.
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En ce moment, nous sommes à Moncton chez Sacha, une amie. Demain, nous prendrons la route de l’Ile-du-Prince-Édouard, quittant finalement le Nouveau-Brunswick, nous sans avoir promis maintes fois d’y revenir. Chaque jour, nous sommes toujours plus étonnées de la bonté des gens, de l’accueil qui nous est réservé par de parfaits étrangers (qui ne le restent pas longtemps). Vraiment, en Acadie, les bonnes étoiles ne sont pas que sur les drapeaux.
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Sur ce, voici, pour votre plaisir, quelques faits, constations et théories hétéroclites, que nous élaborons au fil des kilomètres:
Fait #70: Enfiler une paire de cuissards lorsque l’on est dans un sac de couchage, ce n’est pas facile.
Fait #71: Enfiler une paire de cuissards en dehors du sac de couchage en question, c’est frette.
Fait #92: Au Nouveau-Brunswick, les interupteurs de la salle de bain sont toujours en dehors… parfait pour faire des tours au gens qu’on aime.
Fait # 101: Toujours au Nouveau-Brunswick, la qualité des routes est remarquable. Par contre, il faut faire attention aux pelures de banane et aux pattes de crabes, ici et là…