Jour 26, Corner Brook (TN), 1837 km.
Lorsque le traversier nous a laissees a Port-aux-Basques, nous sommes arrivees dans un autre monde. Une lueur rose s’eteignait deja sur un paysage taille dans le roc, se refletant dans le lac tranquille bordant l’autoroute. Terre-Neuve promettait de ne ressembler a rien de ce que nous connaissions. Et apres trois jours, elle tient toujours ses promesses.
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Jour 21, Pomquet -> Port Hawkesbury, 53 km.
En quittant le Porter’s Bed&Breakfast, nous avions deja decide de faire une petite journee. Quelque 50 km plus tard - a travers de jolies routes secondaires cette fois-ci, pas la transcanadienne -, nous nous arretions a Port Hastings, a l’entree du Cap Breton. Devant l’information touristique, Serges Lacourse et Claire Tasse, de Gatineau, engagent la conversation. Ils sont si emballes par notre projet qu’ils nous prennent en photo… et reviennent, une dizaine de minutes plus tard, avec un don de 100$ pour le projet Un pied devant l’autre! Mais plus que l’argent, c’est l’encouragement que ce soutien spontane nous a apporte qui n’a pas de prix…
Pleines d’energie, nous nous rendons quelques kilometres plus loin, a Port Hawkesbury, ou nous campons dans un petit sous-bois tapisse de fleurs mauves et ne cessont de nous emerveiller de la chance que nous avons.
Jour 22, Port Hawkesbury -> Barachois Provincial Picnic Park, 123.70 km.
Le lendemain matin, l’emerveillement est un peu moins au rendez-vous: bien que le son de la pluie sur la toile de la tente soit agreable, son humidite l’est moins. Et nous savons qu’une grosse journee nous attend: demain, nous prenons le traversier pour Terre-Neuve a North Sydney, soit a 150 km de Port Hawkesbury. Mais enfin, comme la pluie, “ce n’est que de l’eau qui tombe” et que nous n’avons rien de mieux a faire que de rouler, nous nous mettons en route.
Encore une fois, la journee est extraordinaire: les 120 km (nous devenons bonnes!) qui nous meneront au parc provincial de pique nique Barachois (sur le bord du lac Bras d’Or, a 25 km de North Sydney) parcourent des montagnes (heureusement, nous suivons la voie ferree), des lacs, des rivieres… Et sont jalonnes de peripeties: il fallait voir Josianne se retourner, l’air affole, lorsqu’elle entendit le gros patlang! derriere elle. Eh oui: il fallait bien que je tombe au moins une fois en traversant la voie ferree… Et comme de fait, il fallait que ce soit au moment ou nous croisions notre auto de l’heure… Quelques egratignures, beaucoup de rire et un gros mal d’ego plus tard, nous nous remettions en route - en faisant bien attention aux traverses de chemin de fer.
Vers midi, la pluie cesse, et le soleil reparait meme en fin de journee. Sans le savoir, nous nous entrainons deja pour Terre-Neuve, si proche maintenant: ce jour-la, nous roulons 100 km sans croiser le moindre depanneur. Nous sommes fieres de nous: il ne reste qu’une vingtaine de kilometres avant North Sydney, qui ne seront cependant pas de la tarte: demain matin, il nous faudra grimper le mont Barachois. Mais nous n’avons pas d’energie a gaspiller pour s’en faire a propos de quelques cotes: pour l’instant, les mouches occupent tout notre temps. Il faut meme faire attention pour ne pas trop rire (ce qui est tres difficile), au risque d’en gober quelques-unes, comme cela semble devenu le passe-temps prefere de Josianne.
Jour 23, Barachois Provincial Picnic Park -> North Sydney -> Channel-Port aux Basques, 29.84 km+traversier.
Au matin, nous deguerpissons en vitesses (les mouches!) et attaquons le mont Barachois. Apres 3 km de montee, nous avons le bonheur de rouler doucement jusqu’a North Sydney. C’est maintenant vrai: nous sommes rendues au bout de la Nouvelle-Ecosse, en velo, et nous appretons a atteindre Terre-Neuve, la plus mysterieuse des dix provinces canadiennes. Nous montons a bord, petits points rouges dans la mer d’autos et de camions.
Sur l’immense bateau, nous allons de surprise en surprise, la plus grosse etant qu’il y a des douches. Toutes pimpantes, nous rencontrons ensuite Rachel, Ginette, Claudette, Nicole et Isabelle, cinq amies de Montreal en route pour des vacances a Terre-Neuve. Et comme il fallait bien que le monde soit petit, Rachel s’adonne a etre une des 90 filles qui, en 1969, ont traverse le Canada a velo pour aller a l’Expo 70 d’Osaka, au Japon. Nous qui avions justement lu le livre relatant leur periple, La bicyclette rose, a Bathurst (sur les bons conseils de Judith)… Inutile de dire que nous n’avons rien fait de ce que nous avions prevu entre North Sydney et Channel-Port-aux-Basques: le temps passe vite en bonne compagnie.
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Depuis trois jours, nous avons le bonheur de rouler sous un soleil eclatant (mais pas toujours chaud), dans un decor qui ne ressemble a rien de ce que nous ne connaissons. Malgre nos bonnes resolutions, nous ne pouvons eviter la transcanadienne, la seule route qui traverse l’ile.
En fait, nous aurions pu l’eviter: le sentier transcanadien, qui suit l’ancien chemin de fer, passe tout pres de l’autoroute et la croise meme par moments. C’est d’ailleurs la route qu’Edward, un cycliste du Colorado qui fait le tour de l’Amerique du Nord, prevoyait emprunter le matin ou nous sommes parties de Port-aux-Basques. Decidees a sortir des sentiers battus, nous nous y aventurons… Nous avons cependant decide d’y renoncer apres quelques centaines de metres - regardez les photos pour comprendre pourquoi.
Enfin: meme si nous nous sommes fait dire qu’on ne voit rien de Terre-Neuve de l’autoroute, nous ne nous ennuyons pas: nous roulons entre mer et montagne, fouettees par des vents impitoyables, ebahies par le paysage qui defile sous nos yeux. A monter et descendre toutes ces cotes (ici, le plat existe encore moins qu’en Nouvelle-Ecosse), nous nous faisons des jambes d’acier - d’acier lactique. C’est que le paysage se merite: les lacs clairs changent de couleur, de bleu sombre sous le soleil a vert algue lorsque nous les depassons. Toutes les 10 minutes, nous nous ecrions, a bout de souffle: “c’est tellement beaaaaaaaaaaaau!”.
Vraiment, Terre-Neuve est un tresor cache du Canada. “Moi, je ne veux pas que le Canada se separe, je veux garder mon Terre-Neuve!” - je ne peux qu’acquiescer a ce cri du coeur de Josianne, tout en grimacant de bonheur jusqu’en haut de la cote.
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Apres trois jours a survivre sur nos provisions de Port-aux-Basques (on nous avait averties: la route est tres isolee jusqu’a Corner Brook), c’est avec bonheur et delice que nous nous appretons a devaliser le Dominion (ET le Bulk Barn!!) avant d’aller camper au Prince Edward Park, ou nous devons rejoindre des amis Katimavik de Pete et Collin, les proprietaires de Cycle Solution, qui ont guerit nos velos de leurs petits bobos. Pour ceux qui font le calculent et s’inquietent: nous avons abandonne l’idee d’atteindre St.John’s pour le 7 juin (je ne sais pas ou nous etions quand nous avons choisi cette date pour nos billets d’avion!). Vancouver attendra: nous avons beaucoup trop a decouvrir a Terre-Neuve pour se depecher (et, honnetement, les montagnes nous rendraient la tache difficile…).
Bien sur, nous pourrions vous parler des crepuscules nordiques qui s’etirent jusqu’a 23h, des orignaux qu’on nous promet mais que nous ne voyons pas encore, des descentes grisantes a 64 km/h, des cotes qui s’etirent jusqu’au ciel… Chaque jour, nous pensons aux millions de choses que nous pourrions raconter et partager. Meme si les mots et les images sont bien peu pour rendre tout notre bonheur, nous esperons, comme toujours, avoir reussi a vous en transmettre ne serait-ce qu’une partie.
En terminant, nous remercions tous ceux qui nous ecrivent et nous encouragent… Et nous tenons a decerner une mention speciale a Syldan et pseudo-Carl, dont les bons mots nous font encore rire aux larmes:
C’est vrai, vous savez, les enfants ! N’essayez pas ça à la maison : le Canada est plus long que large, et nos courageuses se le tapent sur la longueur ! Vous êtes connes, vous auriez dû le faire en largeur, quoique l’état des routes est mystérieusement imprévisible sur l’axe « USA <--> toundra » donc on respecte votre décision de parcourir le Canada de la tête aux pieds.
Merci les gars, et continuez tous a nous suivre! Nous pensons a vous ou que nous pedalions!