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12 juin 2006 - par andrée

Au bout du bout

Jour 38, St.John’s (T-N), 2690 km.

Il y a un peu plus de deux semaines, nous accostions a Port-aux-Basques, a l’autre bout de l’ile, a l’autre bout du monde. Terre-Neuve ne devait etre qu’une etape dans notre traversee du Canada (qui, soit dit est en passant, est vraiment tres gros). Apres un peu plus de deux semaines, nous pouvons affirmer que Terre-Neuve est une traversee en soi.

Evidemment, le simple fait de traverser l’ile de Terre-Neuve ne nous suffisait pas: fideles a nous-memes, nous nous sommes chargees d’y mettre du piquant. Voici donc quelques extraits choisis de nos peripeties terre-neuviennes - ou, si vous preferez, les Newfie news.

L’incroyable histoire de la crevaison irreparable et du porte-feuille introuvable

Jour 34, Bellevue Beach->quelque part entre New Harbor et Tilton->pour finalement aboutir a Bay Roberts en 4×4 blanc.

Bien qu’on y entende gazouiller les oiseaux, que l’eau qui coule dans les fosses la bordant soit d’une transparence incroyable et qu’elle traverse des decors sublimes, la transcanadienne de Terre-Neuve peut devenir monotone a la longue. En arrivant a l’est de l’ile, nous ne nous sommes donc pas fait prier pour faire quelques detours (enfin, des routes qui ne finissent pas en cul-de-sac!) par les petits villages cotiers, coteux et merveilleux.

Entre Deer Lake et Birchy PointIl faut froidProtection de l environnementJosianne sur la peseeAndree sur la peseele point le plus au nord de la trans-canadienne

En ce matin du jour 34 de l’ete 2006, nos deux cyclistes prennent donc leurs jambes a leurs pedales et s’attaquent au Osprey Trail (le sentier des oiseaux de proie), montant et descendant infatigablement (ou presque) les innombrables buttes (pour l’occasion rebaptisees en en changeant la premiere lettre) du littoral. Le paysage en vaut cependant le coup de pedale: sitot arrivees en haut de la cote, on oublie tout de suite les douleurs des minutes anterieures pour se lancer prudemment (pour Josianne) ou a toute allure (pour moi - il FAUT que je change mes freins) sur l’autre versant (car il s’agit bien de montagnes que nous grimpons).

C’est ainsi que la journee se passe, a travers des petits villages charmants tels que D i l d o (ou un tres imposant monsieur, a juste titre surnomme “Gentle giant of D i l d o”, offre de nous prendre en photo), sur de petites routes agreables. Nous nous dirigeons, toutes pimpantes, vers Spaniard’s Bay, de l’autre cote de la peninsule. (Il est a note que nous ne pouvons pas ecrire le nom du village D i l do en un mot car l’ordinateur que nous utilisons le censure!)

village de D i l d o

La route semble monter eternellement, se confondant dans le mirage bleu du ciel. “Sky is the limit”, rigole Josianne en moulinant vers l’infini et plus loin encore. Apres tout, nous nous sommes fait promettre que tout ce qui monte, redescend, et qu’apres quelques kilometres de montee somme toute plus douce que celles de la matinee, la gravite jouerait en notre faveur.

Entre New Harbour et Tilton, la route semble vraiment perdue au milieu de nulle part - l’endroit ideal pour que mon pneu avant decide de faire pschit pschit pschit. Bon. On a faim, on commence a avoir hate d’arriver, mais il faut reparer cette crevaison d’abord.

Je commence a etre une experte en la matiere. Et pour cause: les chambres a air de rechange que nous avons sont celles de nos crevaisons precedentes, que nous pensions avoir reparees. Mais, l’une apres l’autre, elles se degonflent toutes, jusqu’a ce qu’un couple s’arrete pour nous offrir de l’aide (les premiers en plus d’une heure). Meme le compresseur a air n’y fait pas: il est 18h30, mon velo a une crevaison et nous n’avons plus rien pour la reparer. Pouin.

Resignees, nous arretons un 4×4 en direction de Tilton. Carl, en route pour son chalet, accepte de nous depanner, nous et nos velos. Dans un elan de gentillesse, il nous emmene meme jusqu’a Carbonear, pour y acheter des chambre a air de rechange au Canadian Tire. Il n’y a pas ceux dont nous avons besoin, mais j’en achete tout de meme un plus petit, et un plus grand: esperons que ca fera l’affaire jusqu’au prochain magasin de velo.

Celui-ci se trouve a Bay Roberts, a quelques kilometres de Tilton. Carl nous y depose en face du Sobeys, mettant un terme a nos folles peripeties de la journee.

Mais il y a de ces journees, vous savez, qui ne finissent jamais.

“- Jo, ou est ton porte-feuille?
- C’est toi qui l’as.”

C’est moi qui l’avais, plutot. Car le voila maintenant en route pour une “cabin down the highway”, dans un 4×4 blanc d’un denomme Carl qui habite Petty Harbour. Et, non, ce n’est pas assez d’informations pour que le 411 puisse le retracer.

Nous avons faim, nous sommes fatiguees, Josianne est contrariee et je suis devastee. Bon, ce ne sont que des papiers, les cartes peuvent etre annulees et personne n’est blesse. Mais nous prenons l’avion mardi, et Josianne n’a plus aucune carte d’identite (car evidemment, nous gardions tout dans notre porte-monnaie - n’essayez pas ca a la maison…).

Apres quelques coups de fil a la police, nous finissons la soiree en pleurant dans la tente plantee a cote du Sobeys. En pleurant de rire, evidemment: Josianne a encore mal au ventre de m’entendre raconter mon appel au 411 (”Hi, I need you to help me out on this. We’re looking for a man, and all we know is that his name is Carl, that he lives in Petty Harbour and drives a white truck. Is that enough information for you to help us? You sure? Even if I tell you he has a cabin down the highway?”).

Le lendemain matin, tout va mieux, et Josianne se met en quete de chambres a air appropriees. Coup de chance: le magasin n’en commande plus, mais il en restait quelques-unes… Qui, evidemment, n’ont pas la bonne valve: malgre tous mes efforts, elle est trop grosse pour passer dans le trou de la jante.

Au moins, il fait soleil.

Un peu desemparee, nous expliquons notre probleme aux gars de la construction qui sont en train de transformer le Sobeys en Price Choppers. Un homme part avec ma roue avant et revient, quelques minutes plus tard. Ca passe. Les velos sont en etat de rouler et, malgre les efforts d’Adam, le jeune et gentil electricien qui entreprend de passer a travers le bottin telephonique pour nous aider (il appelle meme a la radio!), nous sommes toujours plus legeres d’un porte-feuille.

Le stress passe, nous nous resignons et profitons de la route, montant et descendant a travers les anses bleu-vert bordant la cote. Le mauvais temps promis tout au long de la route ne se pointe jamais, et, apres nous etre trompees d’autoroute, nous arrivons DOWNtown St.John’s, Terre-Neuve. En velo. Nous n’y croyons meme pas nous-memes.

des belles fleurs sur le routeVue sur St-John s

C’est donc a velo que nous montons Barter’s Hill (l’equivalent de la cote Gilmour avec 100 livres de bagages, moins un porte-feuille) et les autres innombrables cotes jusqu’au Pippy Park, ou nous avons campe jusqu’a ce matin. Pendant trois jours, nous avons arpente la ville de long en large et de haut en bas, a pied et a velo (20 km de marche ou de bicyclette par jour, c’est notre definition d’une journee de repos. Dah.).

St.John’s, “la plus vieille ville en Amerique du Nord”, est magnifique. Ses cotes et son architecture rappelle un peu Quebec. Mais lorsque le brouillard tapissant l’ocean s’engouffre dans le port aux eaux vertes et commence a glisser sur les montagnes entourant la ville, on sait qu’on est a l’autre bout du monde (ou du Canada - mais lorsqu’il faut pedaler 2600km pour y arriver, la modestie prend le bord et ca devient du pareil au meme).

Le port de St-John sPort de St-John s 2Debut de la trans-canadienne

Oh. Et nous avons retrouve le porte-feuille de Josianne. Le denomme Carl l’avait rapporte intact a la police. Vraiment, les gens de Terre-Neuve sont plus que gentils!

*

Demain matin, a 5h20, nous prendrons notre envol en direction de Vancouver, pour traverser en quelque onze heures et des poussieres le meme Canada qui nous prendra tout l’ete (et beaucoup de poussiere) a pedaler. “Mechant projet de mongoles!”, nous disait notre amie Stephanie avant de partir.

Eh bien tout le monde dans la vie devrait avoir une idee mongole et la suivre jusqu’au bout.

En esperant rencontrer autant d’ours dans les Rocheuses que d’orignaux a Terre-Neuve, nous vous reviendrons avec d’autres histoires plus abracadabrantes les unes que les autres!

*

Voici maintenant quelques faits:

Les orignaux ont ete introduits sur l’ile de Terre-Neuve au grand nombre de 6. Maintenant, ils sont plus de 180 000. Les orignaux de Terre-Neuve sont tres bien adaptes a l’ile. Puisqu’il y a eu cosanguinite, cela a mene a une toute autre espece d’orignal: Terra Nova Orignalis:

Terra Nova Orignalisattention aux orignaux

Plus serieusement, malgre tous nos efforts, nous n’avons vu aucun orignal. Pouin.

*

Signal Hill: Lieu du premier envoi radio qui a traverse l’atlantique. C’est tres haut et la route pour y arriver est tres a pic. Par contre, le paysage est magnifique.

On est tellement sur Signal HillBeau becikPrette pour Vancouvervue de Signal Hill

*

A St-John’s, les pietions ont priorite. Ils ont priorite pour vrai. Voici comment traverser une rue:

comment traverse t on la rue

1. Levez le bras

2. Placez un pied dans la rue

3. Attendre jusqu’a ce qu’une voiture s’arrete (et ca prend pas mille ans!)

4. Remercier le conducteur

Incroyable, mais vrai, cette technique fonctionne a merveille. En voici la preuve:

traverse la rue

Nous votons pour l’instauration de ce systeme a Quebec.

*

Fin des faits. Nous esperons que vous avez apprecie. Nous devons maintenant aller manger des fish&chips, emballer nos velos et nous rendre a l’aeroport.

Apres tout, on n’a pas que ca a faire, on a aussi un Canada a franchir.

Bonne journee.

:D

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