Jour 47, Sicamous, 3385 km.
(Pour ceux qui veulent voir les photos de Vancouver, retournez au message precedent!)
En debarquant a Vancouver, nous sentions deja que le climat avait change. Le temps des grands froids comme des grandes pluies, malgre le nuages gris qui rampaient a flanc de montagne, nous semblait revolu. Apres avoir traverse la chaine de montagnes des Cascades et la vallee de l’Okanagan, nous pouvons l’affirmer: nous sommes arrivees dans le pays de l’ete (et en plus, nous sommes passees par Summerland!). Mais il s’en est passe des choses avant le solstice…
*
Jour 41, Vancouver -> Port Coquitlam (55 km)
Apres deux jours passes chez Carl et Marie-Helene, le temps etait venu pour nous de prendre la route des montagnes - pas moyen de les eviter, elles sont partout. Il nous a d’abord fallu sortir de Vancouver: apres un tour de ville pour admirer les plages, le port, le Stanley Park (avec des arbres geants et des fleurs partout et des CANARDS! - et un groupe de touristes qui nous a pris en photo!), le centre-ville et ses tours de verre, c’est par l’autoroute 7 que nous avons pris le chemin de la sortie.
Apres plusieurs dizaines de kilometres etouffants dans les vapeurs automobiles de la banlieue interminable (sur un accotement cyclable, au moins), nous arrivons, fatiguees et affamees, a Port Coquitlam, ou nous prevoyons souper pour ensuite reprendre la route vers le prochain camping.
Apres avoir tourne un peu en rond, nous sortons notre bruleur dans le Veterans’ Park (nous ne sommes plus vraiment habituees a la civilisation). Todd et Robby, qui travaillent en face, s’en amusent beaucoup. Nous trouvant vraiment dures a cuire, Todd nous invite chez lui en riant. “En vous voyant, on a su que vous etiez du Quebec!” Apparemment, il n’y a que les Quebecois d’assez fous pour faire ce genre de traversee (et il sait de quoi il parle: il a grandi a Verdun, et sa femme vient aussi de Montreal). C’est ainsi que nous avons passe la nuit chez Todd et Angie et leurs enfants curieux et trop mignons, Alex et Julia.
Et dire que nous nous appretions a manger dans le parc des veterans…
Jour 42, Port Coquitlam -> Agassiz (110 km)
Nous qui nous attendions a grimper comme dans la face d’un singe (ou d’un grizzli) des le premier jour, c’est avec bonheur que nous pedalons dans la vallee Fraser, empruntant les petites routes de campagne (qui ne nous evitent pas quelques buttes). Les nuages se dechirent toujours sur les sommets que l’on imagine enneiges. Bonnes joueuses, nous laissons un orage nous depasser, roulant et riant sous les trouees de soleil. Autour de nous, la vegetation est immense. Au detour de la route, un lac se devoile, couvert de nenuphars en fleurs. Nos joues font mal a force de sourire, mais ca peut bien s’endurer.
De retour sur une 7 plus tranquille, nous profitons du vent de l’orage pour filer a toute vitesse vers Agassiz, une jolie ville style western. Entourees de saules pleureurs, nous nous donnons des tapes dans le dos, fieres d’avoir fait une bonne journee, la premiere depuis notre arrivee a St.John’s. Quelque chose nous dit que les routes planes seront cependant bientot chose du passe…
*
Jour 43, Agassiz -> Coldsprings, Manning provincial park (104 km)
Etonnamment, nous trouvons le moyen de passer entre les montagnes monstrueuses (avec leurs sombres hauteurs perdues dans les nuages menacants, elles ont vraiment l’air de monstres) jusqu’a Hope. Mais a partir de la, plus moyen de les eviter: les cotes sont partout, que l’on prenne la 1 (ca monte, c’est frequente, ca va trop au nord), la 5 (ca monte, c’est la folie comme c’est frequente, c’est le chemin le plus court) ou la 3 (ca monte, ca monte, ca monte sans bon sens, ca rallonge et ca mene dans la vallee de l’Okanagan). Ne voulant pas prendre de chance, nous prenons la 3, qui devrait nous mener, 60 km plus tard, un kilometre plus haut.
Les vingt premiers kilometres sont probablement les plus difficiles que nous ayons pedales dans notre vie: une ascension continue dans les montagnes (sublimes, au moins), avec, en prime, une montee finale de 7% d’elevation pendant 6 km (et ca, on ne le sait qu’arrivees en haut, lorsqu’on regarde en arriere et qu’on voit la pancarte DANGER pour les camions…).
Apres un bref repit dans Sunshine Valley, la route remonte. Et remonte. Heureusement, les montees abruptes alternent avec les montees plus douces (ou, comme dirait Josianne: “Ah, enfin, un plat qui monte!”). Il reste que le paysage est a couper le souffle (litteralement): les rivieres glaciaires coulent en cascades a nos cotes, les sous-bois sont fleuris de rhododendrons, les chevreuils etonnes bondissent a nos cotes (et ca saute vraiment haut, un chevreuil!)… Mais l’ascension est aussi constante qu’impitoyable, et elle commence a se faire sentir. Determinees a atteindre le camping, nous moulinons toujours plus haut… Jusqu’a ce que soudain, dans la lumiere du couchant, une pancarte brille: Allison Pass, summit, 1342m. Les jambes tremblantes, nous descendons de nos velos: a partir de maintenant, finie la montee. Pour la journee, du moins.
*
Jour 44, Coldsprings -> Princeton-Summerland road (94 km)
Heureusement que la route descend en debut de journee: en souvenir des montees d’hier et de notre arrivee tardive, nos jambes nous font salement la gueule.
Le paysage est toujours a couper le souffle (parce que ca remonte, evidemment). La riviere rugit au fond de la vallee, nous dinons devant les sommets enneiges… Nous nous payons meme un autre sommet (Sunday summit, 1280m), avant de descendre jusqu’a Princeton.
De la, dilemme: nous pouvons continuer sur la 3, effectuant un detour par le sud pour atteindre Summerland. Ou nous pouvons, sur les conseils de deja quelques personnes, emprunter le sentier transcanadien, qui suit la vieille route entre Princeton et Summerland. Apres avoir parle a Babs, une gentille dame qui habite 20 km plus loin sur cette route (et nous invite a tenter (du verbe: planter la tente) chez elle), nous sommes convaincues: pourquoi prendre l’autoroute quand nous pouvons prendre la petite route de campagne (qui n’est qu’a moitie pavee)? On est aventurieres ou on ne l’est pas…
*
Jour 45, Princeton-Summerland road -> Summerland (76 km)
Au matin, les jambes sont toujours fachees (malgre le chocolat chaud “special proteines” que nous prepare Jay, le fils de Babs). Les premiers 15 km sont difficiles (meme sur une route pavee et plane - par en bas!). Mais, d’une maniere ou d’une autre, nous finissons par retrouver notre rythme - juste a temps pour emprunter le sentier transcanadien, qu’on appelle par ici piste cyclable.
En effet, malgre les promesses d’amelioration apres quelques kilometres et de descente douce de 2,2% jusqu’a Summerland, les 5 premiers km (qui nous prennent une heure a deraper dans le sable et les roches) nous decouragent et, ne tenant pas compte des avertissements de tous (”oubliez la route, elle n’est pas pavee, il y a des camions de bois, des nids de poules, vous n’allez jamais y arriver!”), nous prenons la route.
Pendant une dizaine de km, nous sommes bien heureuses de notre choix: la route, en terre tres battue, descend. Autour de nous, la foret et la prairie regnent, bercees par le vent. Puis, nous voyons pourquoi on nous avait mises en garde: apres etre descendues au fond de la vallee, nous devons remonter jusqu’au haut du canyon, nos roues s’enlisant dans le sable trop mou que l’on appelle route, perchees sur des hauteurs vertigineuses. Le soleil tape, la poussiere fouette, les chauffeurs de pick-up portent des chapeaux de cowboys: on se croirait dans le far west. Mais, eh, on n’etait quand meme pas pour prendre l’autoroute, hein?
Toute bonne chose ayant une fin, la route finit par se tanner de monter et se pave, nous entrainant dans une descente interminable (”On s’en va sous le niveau de la mer!”, de s’ecrier Josianne en manquant avaler une mouche) vers Summerland. Pas de doute: les vergers et les moutons dans les paturages nous confirment que nous sommes vraiment arrivees dans la vallee de l’Okanagan, en plein ete.
Ce soir la, nous dormons dans un verger-camping, au beau milieu des cerisiers et des poiriers. Enfoncee dans son sac de couchage, Josianne decourage de devoir se lever pour aller chercher un quelconque objet oublie. “Je suis beaucoup trop lache pour aller jusqu’a l’autre botu du monde!”. Quoiqu’il en soit, nous voila ici, en Colombie-Britannique - et on est venues en bicycle!
*
Jour 46, Summerland -> Vernon (103 km)
Sur le bord du lac Okanagan, les flots verts s’echouent au pied des montagnes. La route nous mene par monts et par vaux jusqu’a Kelowna, ou nous faisons la rencontre la plus surprenante: Martin passe a cote de notre table de pique-nique, charge comme un mulet, drapeau du Quebec cousu sur son sac. Parti de Vancouver il y a 4 jours, il est lui aussi sur le chemin du retour, passionne de velo roulant pour lui-meme et pour amasser des fonds pour Reves d’enfants, qui a realise le reve de sa petite soeur decedee de la leucemie il y a 10 ans (allez faire un tour sur son site, www.picturetrail.com/velo_canada).
Martin est tout aussi heureux que nous de rencontrer des cyclistes: apres avoir lui aussi traverse Manning Park et bien des montagnes, son genou commence a fatiguer, et il est bien content d’avoir des amis avec qui rouler. Nous aussi. Nous prenons donc la route de Vernon, avec nos velos pareils et nos histoires a la tonne.
*
Meme s’il ne faut pas vendre la peau du grizzli avant de l’avoir asperge de cayenne, la route ne nous malmene pas trop jusqu’a maintenant. Et maintenant, ce ne sont pas deux, mais bien trop velos qui s’attaqueront aux Rocheuses, franchissant les cols jusqu’a Lake Louise, ou Martin continuera vers Calgary alors que Josianne et moi ferons un aller-retour a Jasper. En effet, pourquoi se contenter de traverser les Rocheuses quand on peut rouler dedans a cote des glaciers? :)
(Oh, et pour ceux qui voudraient commenter nos aventures en ligne, vous pouvez maintenant le faire en allant dans la section La Traversee! Bon ete!)