Jour 98, Orléans, 8628 km
Fait #983: Si on pédale pendant très, très longtemps dans la même direction, on finit par revenir au point de départ.
L’Est.
Le Levant, l’Orient, droit devant.
Il faut parfois déroger. Emprunter quelque détour nordique ou austral, le temps d’un peu de pavé. Mais nos vélos, comme deux boussoles qui auraient résolument perdu le Nord, nous guident toujours vers l’Est.
Vers le soleil qui se lève le matin, nous montrant le chemin, et qu’on laisse derrière nous le soir venu, savourant l’illusion de l’avoir peut-être finalement rattrapé pour de bon.
Mais on ne rattrape jamais un point cardinal.
Au mieux, on ne peut revenir qu’au point initial. Après beaucoup de mouvement, beaucoup de chemin - et certainement pas le plus court, entre deux points.
*
Par-delà la rivière
C’était hier. Soudain, la petite route de comté, aussi calme et paisible qu’impitoyable entre les champs de blé, s’est enfin mise à descendre. Au-devant, une rivière s’est profilée. La rivière des Outaouais, Ottawa River. Quelque part au milieu de son lit, une ligne imaginaire. Une frontière. Sur l’autre berge, Québec. Déjà. Enfin. Je ne sais plus.
Le soleil descendait, allongeant nos ombres. Même ainsi amplifiés, nos deux vélos semblent bien frêles pour avoir parcouru tant de chemin. Et pourtant.
*
Pas de pays sans personnages
Juste avant que l’ordinateur ne nous explose en pleine figure à Orillia, j’étais à écrire qu’il serait bien injuste de décrire l’Ontario uniquement en termes de comparaison. “Yours to discover”, dit la plaque d’immatriculation. Et chacun des nombreux jours passé dans cette province nous apporte son lot de découvertes surprenantes.
En quelques bribes, l’Ontario, c’est…
… un lever de soleil enflammé sur les brumes d’un lac sans nom, dans une aire de repos non loin d’Atikokan.
… le lac Shebandowan qui apparaît, scintillant et salvateur, en plein coeur d’un après-midi torride et écrasant.
… les montées longues et hors d’haleine menant à des visions spectaculaires et des descentes dramatiques vers les eaux bleu caraïbe du Lac Supérieur.
… une baignade dans une rivière fraîche au lit sablonneux après une longue journée menant à Wawa.
… une descente affolante sous une pluie torrentielle et douloureuse juste après Montreal River (et des pattes de frein qui fondent, eau noire sur le tibia).
… le retour des matins frais (eh oui, le Canada n’a bien que deux saisons: l’hiver, et juillet.)
… une montée brutale, la plus abrupte de toute (12%, au moins 2 kilomètres), dans les Highlands entre Hardwood Lake et Denbigh, alors que notre bouche fait encore de la buée, et les cloches des moutons qui sonnent en haut, comme pour marquer l’arrivée.
… la Baie Georgienne toute en vagues, si verte qu’on dirait la mer.
… les yeux ouverts dans le Lac Supérieur, bleu à perte de vue, même jusqu’au fond 2 mètres plus bas.
… une odeur d’automne qui revient au fond du vent, déjà.
… des décors inoubliables.
Et ce qu’il y a de mieux avec les décors, c’est lorsqu’on leur insuffle la vie. Et pour nous, l’Ontario sera à jamais animé, spectaculaire mise en scène de tous les gens que nous y avons rencontrés.
Il y a bien sûr les cyclistes du Tour du Canada, avec qui nous avons partagé plusieurs rires, restants et soirées. Et quelques bouts de route, aussi.
Nous partirions le matin, peu après le soleil, déjà impatientes de nous faire rattraper. Puis, il y aurait sûrement Bob et Mélissa, filant à toute allure.
Viendraient ensuite probablement Jamie, le jeune et fier Newfie; Gary, déjà torse nu si nous avions pris bien de l’avance; et parfois Bob Mc, qui ralentirait pour que nous puissions les accrocher et nous laisser tirer à 35 km/h pour 5, 10 kilomètres.
Puis, dans l’ordre ou le désordre, les “bonjour!” fuseraient de toutes parts.
Il y aurait, Rudy, l’ancien entraîneur cycliste qui nous paierait un chocolat chaud pour nous remettre de notre traumatisme après qu’un camion nous ait presque frappées.
Doug nous prendrait en photo, toujours avec le mot pour faire rire.
Danielle, seule Québécoise du groupe, annoncerait fièrement qu’elle avait réussi à atteindre 68 km/h.
Graham nous demanderait comment nous allions, nous rappelant qu’il nous avait battues au Scrabble.
Ensuite, Lloyd nous ferait éclater de rire (en montant une côte, brutal) en nous criant son habituel “Soupe du jour!”, flanqué d’Emily.
Et James, et John, et Brett…
Et Mike, le chauffeur de leur camion, qui ne manquerait jamais de nous klaxonner.
Parfois, nous roulerions a cinq, avec Darron, Iona et Lori, rigolant et chantant à tue-tête. Et chaque soir, nous étonnant nous-mêmes, nous aurions parcouru une plus grande distance que prévue, retrouvant des cyclistes tout aussi étonnés que nous. Des cyclistes que nous avons appris à connaître et à apprécier.
Tout comme l’Ontario.
(Et ça, c’est sans compter nos amis plein de bagages rencontrés sur la route, Blaine, Sébastien, avec qui nous avons partagé crêpes asperge-fromage-champignons sauvage s(et vin en TetraPak), ou bleuets et sirop d’érable, ainsi que quelques bouts de route…)
*
Déjà il se fait tard; l’horizon s’est éteint, et les yeux tombent. Trois grosses journées nous mèneront à Québec le 15, dans le stationnement d’Accès transports viables (870, avenue de Salaberry), en fin d’après-midi si tout va comme prévu (ponctualité cycliste de mise). Plus de détails à venir dans les prochains jours…
Bon, une bonne nuit de sommeil s’impose, si nous voulons reprendre notre course au soleil demain…
Varia de photos, parce que des photos c’est plaisant a regarder:
Josianne à Wawa devant l’un des seuls orignaux vues durant ce voyage:
Village de Winnie l’Ourson:
White Lake, un matin très tôt:
Train parcourrant le nord de l’ontario sur le bord du Lac supérieur:
Lori qui monte une grosse côte:
La porte d’entrée de la gallerie d’art du village de Rossport:
Monument de Terry Fox à Thunder Bay, un exemple de courage et d’inspiration:
Cyclistes de À vélo pour la bible avec qui nous avons partagé notre diner. Ils étaient plus de 50 cyclistes à traverser le pays:
La plus énorme chenille que nous avons vue (Caliper Lake):
Journée de repos bien mérité à Kenora. Andrée en profite pour faire le clown:
Les Terreneuviens sont partout (sur un rocher en entrant en Ontario):
Et voilà, nous entrons dans la plus grande province du Canada:
Compagnie de telephone au Manitoba:
Camping à West Hawlake:
En attendant que nos vélos soit prêt, quoi de mieux que de magasiner pour un autre vélo:
Notre plus grosse journée:
Pour passer à travers les prairies nous avons acheté une radio solaire qui nous a procuré beaucoup de plaisir:
On s’ennuie déjà de la Saskatchewan:
Andrée et Josianne