Messages archivés dans 'Cuba'
La population de Cuba approche 11.5 millions d’habitants. Un seul d’entre eux est connu mondialement. Tristement, il est surtout mondialement méconnu.
Fidel Castro fêtera bientôt son 80e anniversaire. Même à cet âge honorable, il poursuit avec la même persévérance la révolution sociale entamée en 1959. Dictateur coupable de crimes contre l’humanité pour les uns, grand humaniste méritant le Nobel de la paix pour les autres… S’il est rare d’avoir affaire à une opinion à propos de Cuba qui soit nuancée, le débat semble irrémédiablement polarisé entre deux extrêmes lorsque c’est Fidel Castro qui en est l’objet. Question de rendre encore plus ardue la tâche de celui ou celle qui essaie de comprendre un peu ce qui se passe à Cuba, le discours porté par les médias et les agences de presse est incapable de dissocier le pays et le chef d’état. À croire que Cuba est Castro et que Castro est Cuba. Évidemment, quand on n’a accès qu’à cette vision, on en vient à s’imaginer que Fidel Castro est seul dans un grand palais à donner des ordres, dirigeant d’une main de fer une révolution en laquelle il est seul à croire. Et surgit inévitablement la question fatidique. Que deviendra Cuba après le départ de Castro ?
Je suis arrivé là-bas avec cette question en tête moi aussi. J’aurais pu m’attendre à retrouver Fidel Castro à tous les coins de rue, sous chaque pavé, derrière chaque palmier. Mais non. Il n’accueille pas les visiteurs à l’aéroport. Il ne conduit pas les autobus. Il ne parle pas à la place des fonctionnaires. Il ne cuisine pas les repas. Il ne signe pas tous les articles des journaux. Il n’apparait pas à la télévision à toutes les cinq minutes. Son portrait n’est pas affiché sur les façades d’immeubles et les panneaux routiers. À croire qu’il est déjà parti.
Pourtant. Les deux personnages les plus en vue à Cuba sont disparus depuis longtemps déjà. Il y a Ernesto “Che” Guevara, l’argentin internationaliste, héros de la révolution cubaine, exécuté en 1967 en Bolivie sous les ordres de la CIA qui n’appréciait pas trop le mouvement révolutionnaire qu’il tentait de mettre en place là-bas. Les statues, les portraits et les citations du Che ne manquent pas à Cuba. Il est devenu un héros national, un modèle pour les jeunes, un symbole pour tous. Ce qui est bien, c’est que là-bas ceux qui portent un t-shirt du Che savent comment il a vécu, comment il est mort, ce qu’il a fait pour son pays d’accueil et pour quelle cause il a donné sa vie. Non, c’est faux, ils ne le savent pas tous. Beaucoup de touristes ignorants pensent seulement que son visage est très esthétique sur un fond rouge.
L’autre personnage dont seul un vacancier enfermé dans son tout-inclus pourrait ignorer l’existence après deux semaines sur l’île, c’est le poète José Martí (1853-1895). Mort au combat dans la guerre d’indépendance livrée contre l’Espagne, José Martí est le véritable héros cubain. Sa pensée a inspiré les révolutionnaires de 1959 et continue de guider les jeunes et les moins jeunes vers une société plus juste, plus égalitaire, plus humaniste. Ses écrits ont contribué à former la pensée politique du Che, ses citations sont dans la bouche de chaque Cubain. Et dans chaque discours de Castro.
Justement. J’étais sur la Place de la Révolution de La Havane le 1er mai, pour le jour des travailleuses. Devant moi, l’immmense mémorial de José Martí. Derrière, à l’autre extrémité de la place, le visage du Che sur la façade du Ministère de l’intérieur. À une vingtaine de mètres en face de moi, Fidel Castro, 79 ans, en pleine forme, qui pendant près de 3h30 s’est adressé à la foule. Quelle foule. Malgré les figures mythiques qui surplombaient la place, la présence la plus imposante était celle des Cubains et des Cubaines. Des centaines de milliers, un million, un million et demi, difficile à dire. Mais beaucoup.
J’avais déjà commencé à comprendre, mais tout s’est éclairci ce jour-là. Après Castro ? La révolution continue. “Hasta la victoria, siempre!” C’est ce qu’on dit, non ? Ce n’est pas Fidel qui tient le pays à bouts de bras, mais le pays qui pousse dans le dos de Fidel. Tous les travailleurs et travailleurs venus écouter son discours. Les vieux qui se rapellent comment la vie était dure sous Batista. Les hommes et les femmes qui ont vu les résultats concrets de la révolution. Les jeunes qui ont passé à travers la période spéciale et qui, prenant conscience de tout le chemin qui a été accompli, ne veulent pas retourner en arrière mais continuer à avancer. Après Fidel, il y aura toujours Raoul, Ricardo, Julio, Eva, Barbaro, Dan, Miguelito, Tito, Chang… Des gens qui se souviendront de Martí, Che, Cienfuegos, Castro et n’abandonneront pas le combat. Cuba mériterait peut-être plus que le Québec d’avoir une devise qui a de la mémoire. Mais même si cette nation a le passé en tête, son regard est bel et bien tourné vers l’avenir. Un regard fatigué, peut-être, mais qui voit clair et loin.
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Une petite histoire à propos de Fidel Castro. La nouvelle a beaucoup circulé. Le magazine Forbes a établi son classement annuel des chefs d’état les plus riches au monde. Fidel serait au septième rang, avec une fortune évaluée à 1,4 milliards de dollars. Pour constater pourquoi ces chiffres sont absurdes et font partie d’une campagne de salissage internationale mais comment la presse internationale a collaboré a colporter la nouvelle (volontairement ou non), je recommande de lire cette analyse réalisée par Philippe Leroux:
> Forbes et la fortune de Castro: histoire d’une supercherie mondiale
Réagissant, Fidel s’est défendu en compagnie de nombreux invités dans une émission spéciale de quatre heures trente. Voici sa réponse:
“Toute ma fortune, M. Bush, tient dans la poche de votre chemise. Je ne suis pas né totalement pauvre. Mon père possédait des milliers d’hectares de terre. A la victoire de la révolution, toutes ces terres ont été remises aux paysans. Je mets au défi le président Bush, la CIA, les 33 organes de renseignements des États-Unis, les milliers de banques dans le monde, les larbins du magazine Forbes, de prouver que je possède un seul dollar à l’étranger. En échange d’une seule preuve, je leur offre, je leur fais cadeau de tout ce qu’ils ont toujours recherché. Ils ont voulu m’éliminer, ils n’ont pas pu, ils ont voulu me faire abandonner la révolution, je les mets au défi de prouver ce qu’ils ont dit. Trouvez-moi un compte et je démissionne. S’ils prouvent que j’ai un seul dollar, je renonce à ma charge et aux fonctions que j’occupe.”
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Les cinq premières photos sont du 1er mai à la Place de la Révolution, la sixième a été prise au mémorial du Che de Santa Clara.
12 mai 2006
Je serai bref. Ce ne sera ni par volonté ni par nécessité. Cette brièveté ne se constatera pas dans le nombre de mots utilisés ou dans la longueur des phrases rédigées, mais à bien à la mesure de toutes les informations et les émotions qu’il y aurait à transmettre. Une brieveté bien loin de ce que je voudrais exprimer, de tout ce que le monde a encore a connaître et à comprendre de Cuba.
J’ai subi un lavage de cerveau à Cuba. Subi avec grand plaisir un lavage qui m’a fait un bien immense. Un nettoyage comme celui-là, ça décrasse les neurones et ça désembrume l’esprit. Bien que très fatigué physiquement, je ne crois pas m’être déjà senti aussi éveillé. Ça fait du bien. Parce qu’on peut dire ce qu’on veut, se croire allumé et conscientisé, mais une bonne douche froide, ça réveille. Dans le contexte, c’était plutôt une chaude averse tropicale, socialiste et solidaire.
J’avais besoin d’un nettoyage de cerveau, il faut croire, parce qu’à force de vivre dans un pays tellement plusse beau que les autres, on s’engourdit. Les feuilles d’érable et les fleurs de lys commanditées par millions, les campagnes promotionnelles gouvernementales, la désinformation médiatique, les intérêts économiques tous puissants, les panneaux publicitaires qui sont replantés plus vite que les arbres des forêts boréales… Oui, prendre un bon bain de chaleur humaine, de valeurs humanistes, d’idées, de solidarité et de résistance anti-impérialisme, ça rafraîchit !
Malgré tout ce que ce que certains intérêts politiques et économiques s’acharnent à nous faire croire, Cuba est un pays démocratique. Une nation socialiste avec des moyens de pays pauvre, sans aucun doute, mais avec des résultats qui n’ont rien à envier à ceux des pays riches. Une situation qui nous semble tellement paradoxale, à nous qui avons tant de difficulté à concilier le social et l’économique. Cuba est un pays dont la population est instruite, en santé, cultivée, politisée, conscientisée. Il y a 47 ans, en 1959, les cubains se sont révoltés contre le régime dictatorial de Batista. Auparavant, Cuba, république bananière, était le bordel des États-Unis, une belle cour-arrière à pour se divertir et se remplir les poches de ressources. Depuis la révolution, ce pays unique résiste comme aucun autre à une guerre économique sans égales.
Tous les Cubains, les représentants de l’État inclus, le reconnaissent aisément. Cuba n’est pas parfait. Mais la révolution n’est pas terminée. Le peuple la poursuit toujours, au quotidien, par des sacrifices et des combats admirables. Aujourd’hui, les Cubains ne se battent plus avec des fusils, mais avec leurs idées…
La suite… bientôt !
Sur cette première série de photos, un scène de spectacles du Campement International où nous avons passé une partie de notre séjour (dans le campement, pas sur la scène), des cubains travaillant à l’agrandissement de la maison de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples de Santa Clara, des enfants jouant au baseball, une traversée de chemin de fer bien sympathique, la ville de Santa Clara et une plage locale.
8 mai 2006
Je pars ce samedi pour Cuba. J’y serai du 22 avril au 6 mai, en tant que participant à une Brigade de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba.
Qu’est-ce que la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba ?
[…] La Table de concertation de solidarité Québec-Cuba existe depuis janvier 2002 et regroupe plusieurs organisations à travers tout le Québec. La solidarité avec le peuple cubain à travers la diffusion de l’information factuelle sur Cuba, l’aide matérielle envers Cuba ainsi que l’organisation d’échanges culturels constituent ses principales formes d’activités. Elles témoignent de l’amitié qui lie les peuples québécois et cubain. […]
(http://quebecsolidaire.net/militer/comit-fabio-di-celmo-pour-les-5)
Et la Brigade de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba ?
Cette première brigade officielle de la Table sera constituée par un groupe de 14 québécois et québécoises de tous âges et de tous horizons. Le thème portera sur l’Éducation. En effet, le Peuple Cubain est reconnu mondialement pour la qualité de son système d’éducation qui est entièrement gratuit et accessible à tous, à tout âge. Nous pensons que nous avons quelque chose à apprendre de ce système et beaucoup d’inspiration à en tirer pour notre propre système d’éducation Québécois.
En général, les matinées seront consacrées à faire du travail volontaire dans les plantations ou en construction tandis que les après-midi et les soirées seront consacrés aux visites et aux activités culturelles.
Entre autres activités sont prévues:
- la visite d’une école de la province de Santa Clara
- une rencontre avec un Comité de Défense de la Révolution (CDR)
- la participation à la fête des travailleurs du 1er Mai à la Place de la Révolution à La Havane. En cette occasion, plus d’un million de Cubains viennent célébrer leur fierté tandis que plusieurs invités de marque, dont Fidel Castro, viennent prononcer des discours de solidarité avec les travailleurs du monde entier.
- une rencontre de solidarité avec les délégations étrangères dans le Palais des Conventions
- une conférence sur l’adaptation scolaire à Cuba
- une rencontre avec les autorités de l’ICAP (Institut Cubain d’amitié avec les Peuples)
- une rencontre avec les familles des 5 héros Cubains emprisonnés injustement aux États-Unis
- la visite du projet communautaire et culturel « Patio Pelegrin »
- la visite de l’école Latino américaine de médecine internationale
- une visite au musée d’alphabétisation
- …
Ce qui est prévu est déjà très prometteur, alors imaginez les imprévus !
Quelques suggestions
Ce voyage n’est pas relié directement au texte que j’avais écrit en 2004 sur Cuba pour le concours Messager des Amériques, mais il faut dire que depuis les recherches que j’avais faites à l’époque sur Cuba et sa situation politique, ma curiosité envers cette île n’est allée que grandissante. Je remets en ligne le texte en question (Désinformation à Cuba… et ailleurs), ou plutôt, le document où sont comparés mon texte original et celui publié (et transformé) par le quotidien La Presse. Les informations ne sont pas mises à jour, mais le texte demeure pertinent.
> desinformation_a_la_presse.pdf
Pour ceux d’entre vous qui auraient envie de lire un peu sur Cuba, je vous propose une excellente lettre ouverte envoyée récemment par l’ancien sénateur Jacques Hébert à divers médias québécois. À ma connaissance, aucun ne l’a publié.
> lettre_de_cuba.pdf
Finalement, le lien suivant vous permettra de télécharger (en MP3) la dernière émission de Dimension Cubaine, sur Radio Centre-Ville, dans laquelle Philippe Leroux rencontre en entrevue trois autres participantes de la Brigade.
> http://www.cuba-nouvelles.com/rcv/DC060417.mp3
Sur ce, bonne lecture, bonne écoute et à bientôt.
19 avril 2006